Devenir psychothérapeute et être l’ami idéal?

Le  meilleur moyen de se faire beaucoup d’amis… est de devenir psychothérapeute 😅, car les sollicitations peuvent être nombreuses. Mais peut-on réellement parler d’amitié ? 

Il est évident que pour nos clients, avoir un psychopraticien pour ami est dans certains cas une aubaine, car cette relation leur assure d’avoir dans leur entourage une personne à qui se confier quand ça ne va pas, qui saura trouver les bons mots pour les réconforter, ce qui n’est pas toujours le cas avec d’autres personnes dans leur cercle amical.

Je me souviens avoir eu cette remarque de la part d’une cliente au bout de trois séances : « Ah, vous, vous êtes l’amie qu’on rêve d’avoir, d’ailleurs, ça me ferait plaisir, si ça vous dit, qu’on prenne un café ensemble à l’occasion ». Que penser de cette proposition, et surtout, qu’en faire ?

Être ami avec ses clients : possible ou impossible ?

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’une relation amicale avec son client est une chose à bannir absolument. Je sais que certains thérapeutes ou formateurs posent un interdit formel sur la relation en dehors cabinet, en considérant qu’en sortant de ce cadre, nous enfreignons une règle éthique. Est-ce tout à fait juste ? Je pense que c’est à chacun d’évaluer la situation, en fonction de chaque personne, de son degré d’avancement dans son propre développement personnel, et aussi du souhait du thérapeute.

Je ne crois pas à l’existence d’une règle universelle en la matière, mais en revanche il me semble fondamental de veiller à certains éléments, autant pour le patient que le praticien, et devenir psychothérapeute implique de se poser certaines questions à ce sujet.

Pourquoi cela peut-il être dangereux pour le client?

En général, lorsque nous pensons à l’amitié, nous imaginons une relation entre deux personnes qui se connaissent, ont des rapports avec l’autre, s’aident mutuellement, etc… et inévitablement vont entrer dans une certaine intimité.

Lorsque le thérapeute va entrer dans les confidences sur sa propre vie, ses doutes, ses espoirs, ses difficultés. Il va alors montrer une face de lui qui n’est pas visible dans la relation thérapeutique. Et cela peut déstabiliser le patient, qui alors pourra douter de pouvoir s’appuyer sur son thérapeute pour ses problématiques.

Il ne s’agit pas pour un thérapeute de faire croire ce qu’il n’est pas, de créer artificiellement une image de psy en titane, mais de garder en dehors du cabinet ses propres turpitudes pour ne pas les faire peser sur ses clients. Et ce faisant, il donne inévitablement un sentiment de solidité, qui sera un atout pour ses consultants.

Entrer dans la vie personnelle de son thérapeute, c’est découvrir des aspects qui peuvent ébranler cette image et entamer le sentiment de sécurité du consultant. De plus, le client nous idéalise probablement dans notre rôle d’ami, et pourra être déstabilisé que nous ne soyons pas comme lui l’avait imaginé. Par exemple, la personne qui a idéalisé la relation et s’imagine que son ami lui enverra des messages pour prendre des nouvelles pourra être passablement déçue, car ce ne sera pas forcément le cas. Et cela pourra créer des tensions.

En quoi cette relation peut-elle être un piège pour le thérapeute ?

Ce qui peut pousser certains clients à chercher à établir une relation en dehors du cabinet est d’avoir une relation privilégiée avec une personne qui saura les comprendre, les réconforter, les rassurer dans leurs moments sombres. Et qui dit amitié, dit aussi ne plus avoir à attendre le prochain rendez-vous puisqu’on peut s’appeler le soir, le week-end…

De plus, le psychopraticien gardera très probablement le réflexe de prendre soin de l’autre, et la relation risque de s’établir dans un sens unique, où le thérapeute n’a que peu de place pour parler de lui, mais se met à la disposition de son « ami ».

Ainsi, il devient « l’ami » que l’on n’appelle dès que ça ne va pas bien, sans tenir compte de lui, de ses besoins ou de ses désirs.

C’est un piège dans lequel nous pouvons facilement tomber si nous n’y prenons pas garde, car si nous avons choisi ce métier, c’est certainement parce que nous aimons aider, et que nous avons du mal à résister à une personne qui ne va pas bien.

Néanmoins, il est fondamental que nous puissions prendre soin de nous aussi. Et pour cela, il est parfois nécessaire de mettre des limites pour ne pas devenir corvéable à merci.

Comment savoir s'il s'agit d'une amitié saine et équilibrée ? Les signes qui ne trompent pas

Une relation amicale est basée sur un échange, et chacun a sa place dans la relation.

Si vous êtes thérapeute, et que votre client-ami vous appelle pour vous parler uniquement de lui, de ses problèmes, alors nous ne sommes certainement pas dans une relation d’amitié. Si cette même personne ne s’intéresse pas réellement à vous, à votre vie, et ne tient pas compte de votre besoin de repos mais vous envoie des messages en permanence pour s’épancher, alors, encore une fois, nous ne pouvons parler d’amitié. Dans ce cas, le client a surtout cherché à disposer d’une hotline psy gratuite !

Dans une relation saine et équilibrée, un ami peut tenir compte de votre rythme de vie, et respectera vos temps de repos. Il saura vous envoyer des messages, non pour uniquement parler de lui, mais aussi pour prendre de vos nouvelles.

Bien sûr, en tant qu’amis, nous pouvons être là l’un pour l’autre dans les moments difficiles, mais c’est alors valable des deux côtés de la relation !

Comment fixer la limite et refuser une relation en dehors des sessions ?

Vous pouvez être amical et courtois, mais vous n’êtes pas obligé d’être « ami » avec les personnes que vous voyez. Vous pouvez tracer une ligne entre l’ami et le thérapeute et vous assurer de bien séparer les deux rôles. Il est important tout de même de poser cette règle avec douceur, car le sentiment de rejet que peut déclencher le refus pourrait être très inconfortable pour la personne.

Je partage ici ma réponse type sur ce genre de sollicitations : « Je pense que nous pourrions en effet bien nous entendre, mais ça ne serait pas positif ni pour vous ni pour moi pour l’instant. Mélanger la relation thérapeutique et la relation amicale est source de complications qui pourraient ralentir notre travail. Et nous avons des choses importantes à accomplir ensemble pour que vous puissiez aller bien. Donc je vous propose de nous concentrer d’abord sur votre thérapie, et qui sait, plus tard, nous nous reverrons peut-être en tant qu’amis ».

Et si c’était possible ? Les clés d’une relation réussie

possible, mais avec certaines conditions. La première est que le client soit suffisamment avancé dans sa propre thérapie pour ne pas attendre des échanges un prolongement de ses séances. La seconde tient à ce que le thérapeute puisse prendre sa place dans la relation, en se coupant de son rôle de thérapeute lorsqu’il n’est pas dans son cabinet.

Ce qui peut aider à faire cette distinction, est justement de réserver les échanges sur le plan psychologique dans le cadre du cabinet, c’est-à-dire dans le bureau uniquement.

Et puis, certainement, que chacun ait le respect de l’autre pour ne pas abuser, mais ça, c’est comme dans toutes les relations, non ?! 

Conclusion

Ce thème fait partie des questionnements utiles lorsque l’on aspire à devenir psychothérapeute, et il y en a encore bien d’autres que l’on peut retrouver dans notre module sur la posture du thérapeute, dont vous retrouverez le programme ici : Posture du thérapeute

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