Le procès des parents au cours d'une thérapie

Le procès des parents au cours d’une thérapie

Est-ce que tous nos problèmes viennent de notre éducation ?

Est-ce que tout est lié à nos parents ? 

Il est fréquent d’entendre des personnes parler de leur thérapie en commençant leurs phrases par « c’est à cause de mes parents ».  Qu’en est-il ? 

Sur ce point, nous retrouvons le grand débat entre l’inné et l’acquis. Les partisans de l’inné diront que nous sommes programmés génétiquement dans nos émotions et nos comportements, tandis que l’autre camp dira que c’est l’éducation et l’environnement qui créent notre personnalité.

Entre les deux, un autre courant considère que nous avons des prédispositions de tempérament à la naissance, mais que l’éducation que nous recevons pourra modifier, voire complètement inverser la tendance innée.  Quoi qu’il en soit, toutes les têtes pensantes dans ce domaine reconnaissent l’influence de l’environnement, du lien aux parents pour la construction de notre personnalité. 

Donc oui, que ce soit dit, ce que nous avons vécu étant enfant a nécessairement joué un rôle dans ce que nous sommes devenus, dans ce que nous pensons et croyons, dans ce que nous vivons dans notre quotidien d’adulte. 

Est-ce à dire que nos parents sont les grands coupables à brûler au bûcher de la thérapie ?  Ce n’est pas ma vision des choses. Bien sûr, au cours d’un travail sur soi, nous pointons les défaillances de nos parents dans leur rôle vis-à-vis de nous. Mais il est fondamental pour moi de souligner que cette démarche ne consiste pas à chercher un coupable à tout prix, mais plutôt à remettre les choses dans un autre contexte, à rendre à chacun ce qui lui appartient en termes de responsabilité. 

Je vais prendre un exemple pour illustrer : un enfant à qui l’on n’a jamais fait de compliments peut avoir cru qu’il n’en méritait aucun, et que c’était là la raison de ce silence sur ses qualités.

Pire, non seulement il n’avait jamais de compliments, mais il recevait souvent des critiques négatives sur ce qu’il entreprenait, on lui disait toujours ce qu’il aurait pu améliorer, lui laissant alors le sentiment que ce qu’il faisait était toujours insuffisant, voire nul. Une fois adulte, il entreprend un travail de thérapie, et se rend compte qu’il était un petit garçon ou une petite fille avec de grandes qualités qui méritaient d’être soulignées. 

Il pourra alors ressentir une certaine colère contre ses parents qui n’ont pas su lui témoigner la reconnaissance qui lui aurait permis de se construire avec davantage de confiance en lui. Mais cette colère a vocation à être temporaire au cours d’un travail sur soi, et cette phase de prise de conscience peut déboucher sur la prise en compte d’autres éléments qui expliquent pourquoi ces parents ont eu ce comportement vis-à-vis de leur enfant. 

Et c’est là où l’ennéagramme peut être un outil de choix dans ce type d’accompagnement. Car il nous donne les indications nécessaires pour comprendre le fonctionnement du parent, les évènements clés de sa construction, et dans l’exemple que j’ai cité, à comprendre ce qui a pu le conduire à être incapable de formuler naturellement un compliment vis-à-vis de son enfant.

C’est une étape qui permet d’aller vers une sérénité vis-à-vis de ses parents, en étant à la fois lucide et conscient de ce que l’on a vécu, de ce qui s’est joué pour nous dans notre histoire, tout en ayant une certaine indulgence pour eux, ou au moins une certaine compréhension.  Au cours d’une thérapie, je déconseille à mes clients d’aller cracher leur colère auprès de leurs parents lorsque certains en éprouvent l’envie.

Et ce, pour deux raisons.

La première est que ça ne sert pas à grand-chose, à part nuire à la relation. En effet, si le parent n’a pas lui-même fait une thérapie, il pourra rejeter ce qu’il prendra comme des reproches, se sentir agressé et réagir d’une manière négative.

La seconde raison tient à ce que ce n’est pas nécessaire, car grâce au symbolisme utilisé en séance, il est tout à fait possible de résoudre des problématiques sans l’intervention de nos parents, dont ce n’est pas le métier. 

Je le souligne souvent en séance, lorsque nous venons à aborder la responsabilité des parents dans les problématiques rencontrées : nous ne sommes pas là pour faire un procès à qui que ce soit. Je suis moi-même mère, et consciente de mes propres failles, le parent parfait n’existe pas. Il n’est donc pas envisageable de juger qui que ce soit, seulement relever ce qui s’est joué dans cette relation parent-enfant, avec d’une part les dysfonctionnements dans le rôle parental, et d’autre part l’interprétation que l’enfant a pu faire des comportements de ses parents.

Pour reprendre mon exemple, l’enfant qui ne reçoit pas de compliments n’imagine pas que son parent est dans l’incapacité de formuler la fierté qu’il a de son enfant, mais va plutôt considérer que c’est lui qui n’en est pas digne.  Pour résumer, oui, en effet, au cours d’une psychothérapie nous abordons nécessairement l’influence parentale, mais à aucun moment il ne s’agit de faire le procès de qui que ce soit. Il s’agit principalement de replacer les responsabilités là où elles doivent être pour permettre la libération des schémas que nous portons alors qu’ils ne nous appartiennent pas. 

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